Conférence par Jean-Pol Poncelet

dans le cadre de la Journée Nationale Mars et Mercure

Bastogne, 17 octobre 2015

 

(Résumé par Bernard Respaut)

 

Energie : pénurie ou abondance ? 

Avons-nous le choix ?

 

D’entrée de jeu, le conférencier prévient son public : le problème de l’approvisionnement en énergie est complexe et même s’il dispose de plus de temps que lors des interviews souvent sommaires des media sur ce sujet, proposer une solution ne figure pas à l’ordre du jour.  L’ambition de Jean-Pol Poncelet est d’éveiller notre réflexion personnelle par une approche structurée du problème.

 

L’équation de l’approvisionnement en énergie comporte quatre variables principales, développées ci-dessous : la démographie, le niveau de développement, l’industrialisation et la dépendance vis-à-vis des sources d’énergie fossiles.

 

La démographie de la planète est en croissance exponentielle : le seuil d’un milliard d’habitants fut atteint en 1815, nous étions 3 milliards au début du 20e siècle, 6 milliards aujourd’hui et les prévisions situent la population mondiale à 9 milliards à l’horizon 2050.  Une accélération de la vitesse de peuplement de la planète est donc indéniable.  Et tous ces humains auront besoin d’énergie.

 

Deuxième facteur qui influence la demande d’énergie : le niveau de développement des populations.  Les premiers besoins à satisfaire concernent la nutrition, donc la mise à disposition de terres arables ainsi que l’accès à l’eau potable.  L’augmentation des surfaces cultivables s’effectue au détriment de la forêt tropicale, ce qui provoque une augmentation des gaz à effet de serre vu la réduction de la capacité de notre planète de capturer le CO2 par voie naturelle.  Viennent ensuite les besoins de consommation plus élaborés et énergivores, tels le logement, les moyens de transport, les télécommunications, …  Au plus vite un pays se développe, au plus sa consommation d’énergie par tête d’habitant augmente, ainsi qu’illustré par la forte croissance du niveau de vie en Chine.

 

Le choix de notre société, depuis la révolution industrielle du 19e siècle, d’avancer sur la voie de l’industrialisation contribue aussi à accroître la demande d’énergie.  Depuis l’invention de la machine à vapeur qui transforme l’énergie calorifique en mouvement, l’Homme n’a cessé de pousser la mécanisation plus avant et notre quotidien dépend aujourd’hui de nombreuses machines toujours plus intelligentes et plus consommatrices d’énergie, tant dans leur fabrication que dans leur fonctionnement.

 

Pour satisfaire cette demande croissante d’énergie, nous avons avant tout recours à des sources fossiles telles le charbon, le pétrole et le gaz.  Conséquence immédiate – le rejet dans l’atmosphère de CO2, d’oxyde d’azote, de particules nocives à la respiration.  Cette pollution menace l’équilibre climatique de notre planète et la santé de ses habitants.

 

Jean-Pol Poncelet souligne l’urgence d’agir en matière de politique énergétique, aux niveaux tant mondial qu’européen : malgré les initiatives de limitation des gaz à effet de serre, la production de ceux-ci a augmenté de 60% sur la période 1990-2015.  Des scientifiques ont calculé que plus de 2'000 milliards de tonnes de CO2 ont été produites depuis le début de la révolution industrielle dans les années 1850 et que le seuil des 3'000 milliards de tonnes correspond à la limite acceptable pour notre planète.  Nous avons donc déjà consommé les deux tiers de notre « budget CO2 »…

 

Pour limiter la hausse du réchauffement climatique à 2 degrés, 80% de la production électrique devrait être produite à partir de sources non-fossiles (« décarbonisation »), un effort considérable par rapport au seuil de 30% atteint aujourd’hui.  Des voies de solution sont à trouver à travers l’énergie hydroélectrique, le nucléaire et les énergies dites renouvelables (vent, soleil).  Se limiter aux énergies renouvelables n’est cependant pas réaliste : elles ne représentent aujourd’hui que 5% de la production électrique mondiale et les évolutions technologiques, notamment en matière de stockage d’électricité, ne permettront pas une augmentation sensible de cette contribution.  Renoncer au nucléaire entraînerait donc une limitation importante dans la croissance de l’approvisionnement en énergie et partant, un retard dans l’accès au bien-être des quelque 1.2 milliard de personnes qui ne jouissent pas de l’électricité.  A cet argument s’ajoute le fait que 2.8 milliards d’habitants de notre planète utilisent encore la biomasse (surtout le bois) pour se chauffer et se nourrir, ce qui représente une émission significative de CO2.

 

L’énergie nucléaire présente une opportunité digne d’intérêt en termes de limitation de l’émission de gaz à effet de serre.  En effet, si les centrales nucléaires actuelles devaient être arrêtées, la quantité de CO2 supplémentaire rejetée dans l’atmosphère correspondrait aux émissions de l’ensemble des voitures en circulation en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne.  Bien sûr, l’aspect de la sécurité dans l’utilisation de la fission nucléaire fait débat et à juste titre vu les conséquences d’un accident tel celui de Fukushima.  La technologie évolue dans le bon sens (moins de consommation d’uranium par kWh produit, meilleur confinement des combustibles utilisés) mais le très long horizon des investissements en capacité nucléaire – environ 100 ans – et la frilosité des politiques rend ardue la tâche de maintenir le nucléaire dans le portefeuille des sources d’énergie.

 

Le monde et, plus près de nous, l’Europe doivent se ressaisir, replacer le problème de l’énergie dans le haut de l’agenda politique et dégager des solutions rationnelles, durables.  Au grand dam de notre conférencier, ce sujet divise l’Union Européenne aujourd’hui : 14 pays-membres sont en faveur du nucléaire, 14 s’y opposent, situation qui explique l’absence d’une politique européenne commune sur l’énergie.  Ce défi ne concerne pas seulement notre santé et notre environnement, il touche aussi à des éléments-clé tels la stabilité du prix de l’énergie et partant, la compétitivité de nos entreprises.  Beaucoup de raisons donc de tirer la sonnette d’alarme, une démarche que Jean-Pol Poncelet nous a exhortés à initier.

 

 

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